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Aleurodes sous serre : reconnaître les mouches blanches et les traiter efficacement

Feuilles infestées par des aleurodes sous serre : taches blanches et larves visibles

par Axel de France Serres

Le

L’aleurode ressemble à une inoffensive mouche blanche, mais ses dégâts sous serre peuvent être bien réels. Fumagine, transmission de virus, affaiblissement progressif des cultures : les conséquences d’une infestation non maîtrisée peuvent être sévères. Ce que peu de jardiniers savent, c’est qu’il existe des solutions efficaces et sans danger pour la biodiversité. Découvrez tout ce qu’il faut savoir sur ces ravageurs.

Ce qu’il faut retenir :

Sous serre, les aleurodes (ou mouches blanches) se multiplient à une vitesse excessive. Voici les outils pour identifier l’espèce présente, comprendre son cycle et choisir les méthodes de lutte les plus efficaces.

  • Identification de l’espèce : il existe deux aleurodes sous serre : l’aleurode des serres et l’aleurode du tabac. Leur distinction est déterminante, car leurs profils de résistance aux traitements et les auxiliaires efficaces contre eux diffèrent.
  • Dommages directs et indirects : ces mouche blanches affaiblissent les plantes en ponctionnant la sève, provoquent l’apparition de fumagine sur les feuilles et transmettent des virus comme le TYLCV, qui détruit irrémédiablement les cultures de tomate.
  • Surveillance et détection précoce : une inspection hebdomadaire des feuilles terminales et l’utilisation de pièges englués jaunes permettent de détecter une infestation avant qu’elle ne devienne incontrôlable.
  • Prévention avant tout : le vide sanitaire hivernal, le contrôle des moustiquaires et l’introduction préventive d’insectes auxiliaires dès le démarrage de la culture sont les mesures les plus rentables.
  • Lutte biologique en priorité : les insectes auxiliaires constituent la stratégie de référence. Leur choix dépend de l’espèce d’aleurode identifiée.
  • Traitements complémentaires : le savon noir concentré et l’huile de colza agissent par contact sur les larves et les champignons entomopathogènes complètent le biocontrôle dans des conditions humides.
  • Plantes compagnes : molène, basilic, capucine et œillet d’Inde contribuent à perturber les populations adultes ou à concentrer l’infestation en complément du biocontrôle actif.

Une stratégie durable repose sur trois étapes ordonnées : réduire les effectifs par traitement de contact, installer les auxiliaires adaptés à l’espèce identifiée, puis stabiliser l’équilibre biologique grâce aux plantes compagnes et plantes-réservoirs.

1. Qu’est-ce qu’un aleurode, ou mouche blanche ?

Description et conséquences de la présence des aleurodes sous serre

Un aleurode est une minuscule mouche blanche de 1 à 2 mm, reconnaissable à la poussière cireuse blanche qui recouvre ses ailes. Dans une serre, le signe le plus visible est le nuage d’insectes blancs qui s’envole au moindre effleurement des feuilles. Le reste du temps, les adultes restent immobiles sur la face inférieure des feuilles et peuvent donc rester difficiles à repérer.

Ces mouches blanches piquent les feuilles pour en prélever la sève : les feuilles jaunissent, la croissance ralentit, et les récoltes peuvent être fortement diminuées. Sur les tomates et concombres, une infestation non maîtrisée peut rendre les fruits inconsommables. En France et en Europe, deux espèces concentrent l’essentiel des dégâts sous serre : l’aleurode des serres et l’aleurode du tabac.

En se nourrissant, il sécrète aussi un miellat sucré et collant sur lequel il est possible de voir se développer rapidement un champignon noir, la fumagine. Celle-ci tache le feuillage et les fruits, pouvant aller jusqu’à l’asphyxie par réduction de la photosynthèse.

Gros plan sur des aleurodes adultes sous serre : mouche blanches caractéristiques d'une infestation
La couleur blanche de ces ravageurs permet de facilement les identifier

Conséquences et cycle biologique de l’aleurode sous serre

Le cycle de l’aleurode comprend six stades : l’œuf, quatre stades larvaires et l’adulte. En retournant une feuille, il est possible d’observer les larves des stades intermédiaires : de petites plaques plates, translucides ou légèrement verdâtres, immobiles et collées contre l’épiderme.

En serre maintenue entre 20 et 28 °C, les générations se chevauchent en permanence. Une femelle peut pondre jusqu’à 500 à 600 œufs au cours de sa vie. En pratique, cela signifie que quelques adultes observés un matin peuvent donner naissance à plusieurs centaines de larves en deux à trois semaines. C’est précisément ce chevauchement qui rend l’action difficile sur l’ensemble du cycle en une seule application. Il est donc indispensable de rester vigilant dès les premiers signes pouvant évoquer la présence de ce ravageur.

2. Distinguer l’aleurode des serres et l’aleurode du tabac

Différences entre les deux types d’aleurodes sous serre

Avant toute intervention, il est nécessaire de savoir précisément à quelle espèce vous avez affaire. Que ce soit Trialeurodes vaporariorum (aleurode des serres) ou Bemisia tabaci (aleurode du tabac), il existe pour cela plusieurs indicateurs dont voici le tableau :

CaractéristiquesAleurode des serresAleurode du tabac
Taille adulteEnviron 1,0 mm0,8 à 0,9 mm
Couleur du corpsJaune très clair, aspect presque blancJaunâtre, plus soutenu
Port des ailes au reposÀ l’horizontale, formant un triangleRepliées en toit à 45°
Forme de la pupe*Ovale avec parois perpendiculairesRonde et aplatie sur les bords
Filaments cireux marginauxNombreux longs filaments présentsAbsents
Trou d’émergence adulteFente en TFente en T
Optimum thermique20 à 25 °C30 à 33 °C
Les principales caractéristiques différenciant les types d’aleurodes sous serre.

*La pupe est l’enveloppe rigide dans laquelle s’effectue la nymphose de certains insectes, dont les aleurodes.

Pourquoi l’identification de l’espèce est décisive pour choisir le traitement

Les deux espèces d’aleurodes ne se comportent pas de la même façon, et surtout ne répondent pas aux mêmes remèdes. C’est pourquoi savoir laquelle est présente dans votre serre change concrètement ce que vous allez faire.

La température

L’aleurode des serres se développe surtout entre 20 et 25 °C, soit les conditions habituelles d’une serre de jardin au printemps, tandis que l’aleurode du tabac préfère une chaleur plus élevée (entre 30 à 33 °C) et prolifère davantage en plein été. Si votre serre chauffe beaucoup en juillet et août, c’est plutôt celui-ci que vous risquez de trouver.

Les biotypes

L’aleurode du tabac existe sous plusieurs formes génétiquement distinctes, appelées biotypes, qui se ressemblent à l’œil nu mais réagissent très différemment aux traitements. En France, un biotype particulier, le biotype Q, est présent depuis le début des années 2000 dans le Sud et le Sud-Est. Sa particularité : il résiste à la plupart des insecticides chimiques courants1.

C’est pour cette raison que les solutions biologiques comme les insectes auxiliaires, les champignons naturels ou le savon potassique sont aujourd’hui les plus fiables, quelle que soit l’espèce en présence. Mais certains auxiliaires ne fonctionnent que contre une espèce précise : acheter le mauvais insecte sans avoir identifié l’aleurode, c’est donc dépenser de l’argent pour rien.

Lâchers d’insectes auxiliaires

Un insecte auxiliaire contribue à la pollinisation des plantes, à la régulation naturelle des ravageurs ou à la décomposition de la matière organique. Sans avoir identifié l’espèce d’aleurode présente, ne libérez jamais un auxiliaireEretmocerus mundus, un parasite exclusif de l’aleurode du tabac est totalement inefficace contre l’aleurode des serres. Un lâcher inadapté retarde la mise en place du bon auxiliaire et favorise l’explosion de la population fondatrice. En cas de doute, prélevez des pupes sur une feuille et observez-les à la loupe : la présence ou l’absence de filaments cireux tranche en quelques secondes.

La distinction entre l’aleurode des serres et l’aleurode du tabac repose donc principalement sur le port des ailes et la forme de la pupe. C’est cette identification qui conditionne les choix en termes de prévention et de traitements.

3. Dommages causés par les aleurodes sous serre

Dommages directs : ponction de sève et affaiblissement

Les mouches blanches se nourrissent en piquant les feuilles pour aspirer la sève. Malgré leur petite taille, la présence simultanée de nombreuses larves sur le même feuillage affaiblit sensiblement la plante.

L’affaiblissement progressif de la plante se manifeste d’abord par une chlorose (jaunissement des feuilles dû à un manque de chlorophylle) des zones les plus infestées, puis par un ralentissement général de la croissance. En cas de forte densité de population, des symptômes de flétrissement partiel peuvent apparaître, surtout sur les jeunes plants dont le système racinaire ne compense pas encore la perte de sève.

Les dommages directs les plus graves aux fruits sont provoqués par l’aleurode du tabac, qui injecte lors de sa piqûre des enzymes salivaires spécifiques. Ces enzymes entraînent :

  • un mûrissement inégal des tomates et des poivrons, avec des zones jaunes ou vertes persistantes et une dégradation du goût (fruit fade)
  • un « Squash Silverleaf Disorder » sur les cucurbitacées, se traduisant par un aspect argenté et lustré des feuilles, indépendamment de tout virus

Les cultures les plus sensibles sous serre sont la tomate, l’aubergine, le concombre, les cucurbitacées en général, le poivron, la fraise, et les plantes ornementales comme le poinsettia, le fuchsia et le chrysanthème.

Dommages indirects : fumagine et viroses

Les dommages indirects sont souvent plus graves que les dommages directs. En sécrétant du miellat, les mouches blanches créent un substrat collant sur lequel se développe un complexe de champignons noirs appelé fumagine. Cette couche encroûte progressivement le feuillage et réduit la photosynthèse en interceptant la lumière du soleil. En cas d’infestation sévère, les fruits et légumes récoltés peuvent eux-mêmes être affectés : les jus et purées issus de matières infestées risquent de contenir des spores de moisissures indésirables.

L’aleurode du tabac est également vecteur du virus TYLCV (Tomato Yellow Leaf Curl Virus ou virus des feuilles jaunes en cuillère de la tomate)2. Ce pathogène aux conséquences sévères provoque chez la plante infectée des feuilles enroulées vers le haut, jaunissantes, et une croissance fortement ralentie. Il n’existe pas de traitement curatif contre ce virus : seule la maîtrise du vecteur permet de limiter sa propagation. La transmission virale peut avoir lieu très rapidement après le début de la piqûre. Agir en amont et traiter une infestation de mouches blanches, c’est aussi se prémunir efficacement contre ce type de dangers, bien plus graves.

À retenir

Les aleurodes causent trois types de préjudices cumulables : l’affaiblissement direct par ponction de sève, la souillure par fumagine et la transmission virale. Cette dernière est l’apanage de l’aleurode du tabac, avec le TYLCV. La présence de fumagine noire sur le feuillage est souvent le premier signal visible d’une infestation active, et peut apparaître avant même que les larves ne soient repérables à l’œil nu.

4. Surveiller et dépister les aleurodes sous serre

L’inspection visuelle des feuilles terminales

Une inspection visuelle hebdomadaire est la base de toute stratégie de lutte contre les mouches blanches. Elle doit porter en priorité sur la face inférieure (à l’abri du soleil direct) des jeunes feuilles (en haut des tiges), car c’est là que la femelle pond ses œufs et que les jeunes larves s’installent en priorité. Observer les jeunes feuilles est le seul indicateur fiable de la dynamique de ponte en cours. Les feuilles plus âgées, plus basses dans la canopée, révèlent les populations anciennes mais ne renseignent pas sur l’activité de reproduction actuelle.

L’inspection doit être réalisée de préférence tôt le matin, avant le réchauffement de la serre qui déclenche les vols. Lors de chaque inspection, quatre signes doivent être recherchés :

  • la présence d’adultes s’envolant au moindre effleurement de la feuille ;
  • des œufs ovales sur la face inférieure, de couleur jaunâtre à noire selon leur maturité ;
  • des larves aplaties, translucides ou verdâtres, immobiles (stades larvaires) ;
  • un dépôt noirâtre ou brillant sur les feuilles indiquant la présence de fumagine sur miellat.

En cas de détection, noter la localisation des premiers foyers (rang, plant, hauteur) permet de cartographier l’évolution de l’infestation et d’orienter les lâchers d’insectes auxiliaires sur les zones les plus exposées.

Les pièges englués jaunes : utilisation et positionnement

Les aleurodes sont fortement attirés par la couleur jaune3. Ce comportement est lié à leur vision : ils perçoivent particulièrement bien les longueurs d’onde correspondant au jaune/vert, ce qui les pousse instinctivement à se poser sur les surfaces de cette couleur. Des études en cultures sous serre confirment que les pièges englués jaunes permettent une réduction significative des adultes en vol par rapport aux témoins non piégés. Le choix de la teinte et de l’opacité du piège a un impact direct sur son efficacité.

Piège englué jaune pour aleurodes sous serre : traitement et outil de surveillance et dépistage des infestations
Les pièges jaunes permettent de visualiser rapidement l’ampleur de l’infestation

Choisir le bon positionnement

Positionnez les pièges légèrement au-dessus de la canopée (5 à 10 cm au-dessus des feuilles terminales), à la verticale, à raison d’un piège par zone homogène de culture. Les mouches blanches se poseront préférentiellement en bas du piège, au niveau de la canopée.

Compter les captures

Dénombrez les adultes capturés chaque semaine et notez l’évolution des effectifs. Une augmentation soudaine est un signal d’alerte qui justifie le renforcement immédiat des lâchers d’auxiliaires.

Remplacer les pièges

Changez les pièges régulièrement dès qu’ils sont saturés ou encrassés, car un piège saturé n’est plus un indicateur fiable et perd son pouvoir attractif.

Renforcer les lâchers d’auxiliaires

Augmentez les lâchers d’auxiliaires dès que des adultes sont observés sur les pièges ou sur les feuilles terminales, sans attendre d’évaluer l’ampleur de l’infestation.

La surveillance d’une serre doit être l’affaire de chaque instant et l’inspection des jeunes feuilles sont le seul indicateur fiable de la dynamique de ponte. Les pièges englués jaunes servent à détecter les premiers vols et à évaluer l’évolution des populations, mais ils ne suffisent pas à eux seuls à contrôler une infestation.

5. Prévenir les infestations d’aleurodes sous serre

Mesures prophylactiques au démarrage de la culture

La prévention est systématiquement plus efficace que la lutte curative, et son coût bien inférieur. Il est préférable d’appliquer un ensemble de mesures prophylactiques avant même l’introduction des premiers plants. Les mesures qui suivent sont complémentaires et doivent être combinées pour être pleinement efficaces :

  • Vide sanitaire complet : nettoyer et désinfecter intégralement la serre en hiver, en éliminant tous les débris végétaux, les adventices internes et les résidus de culture qui hébergent les stades hivernants des aleurodes.
  • Contrôle à l’entrée des plants : inspecter systématiquement les boutures et jeunes plants, car les aleurodes sont principalement introduits sous serre via des plants infestés, souvent à des stades larvaires peu visibles.
  • Élimination des adventices : désherber les abords immédiats de la serre et ses couloirs intérieurs. De nombreuses plantes sauvages constituent des réservoirs d’aleurodes.
  • Introduction préventive d’auxiliaires : lâcher des insectes auxiliaires (comme Amblyseius swirskii) dès le démarrage de la culture, avant toute infestation visible. L’introduction préventive est une pratique qui donne de très bons résultats.
  • Éviter la conservation de plants d’une année sur l’autre : les plants hivernants hébergent tous les stades de l’insecte, y compris les œufs qui résistent aux températures fraîches.

Barrières physiques et gestion thermique

Les barrières physiques constituent une première ligne de défense efficace et peu coûteuse. La pose de moustiquaires sur les portes et les entrées d’air limite fortement l’introduction d’adultes volants depuis l’extérieur. Cette mesure est particulièrement importante en période estivale, lorsque les populations de l’aleurode du tabac dans l’environnement extérieur sont au plus haut. Il est important de vérifier régulièrement et réparer dès qu’une déchirure est constatée.

Les températures hivernales sont spécifiquement efficaces contre l’aleurode du tabac, et dans une moindre mesure contre l’aleurode des serres. Les seuils thermiques pour les 2 types d’aleurodes sont les suivants :

Aleurode du tabac

  • Température optimale de développement : environ 30 à 33 °C.
  • Température minimale tolérée : supérieure à 16 °C.
  • Vulnérabilité au froid : la survie est limitée à des températures inférieures à 0 °C.

Aleurode des serres

  • Température optimale de développement : environ 20 à 25 °C.
  • Température minimale tolérée est supérieure à 13 à 15 °C selon le stade.
  • Vulnérabilité au froid : Les œufs peuvent résister à des températures allant jusqu’à -3 °C pendant plus de 15 jours (selon le stade de développement).

Laisser geler la serre en hiver, lorsque cela est compatible avec les structures et les bâches, constitue une stratégie radicale mais très efficace pour éliminer les populations résiduelles de l’aleurode du tabac avant la nouvelle saison. Les œufs d’aleurodes des serres peuvent tolérer de brèves expositions à des températures légèrement négatives, contrairement aux adultes dont le développement s’arrête en dessous de 13 à 15 °C4. Pour cette espèce, on privilégiera donc davantage le vide sanitaire et l’introduction préventive d’auxiliaires.

À retenir

L’introduction préventive d’auxiliaires dès le démarrage est la mesure individuelle la plus efficace. Le vide sanitaire hivernal, combiné au gel de la serre, élimine les populations résiduelles de l’aleurode du tabac (mortalité larvaire sous 9 °C, adultes sous 0 °C). Les moustiquaires sur les ouvertures bloquent les introductions extérieures en été. Ces trois mesures combinées limitent fortement la pression d’infestation en cours de saison, en réduisant à la fois la population de départ et les apports extérieurs.

6. Lutter biologiquement contre les aleurodes

Le biocontrôle est aujourd’hui la stratégie de référence pour la gestion des aleurodes sous serre. Il est à la fois plus durable et plus efficace que la lutte chimique contre les biotypes résistants, à condition d’être mis en place tôt et avec les insectes auxiliaires adaptés à l’espèce cible. Le biocontrôle repose sur trois catégories d’organismes : les parasitoïdes, les prédateurs et les champignons entomopathogènes.

Les insectes auxiliaires : parasitoïdes et prédateurs

Le tableau suivant récapitule les auxiliaires disponibles commercialement et leur champ d’action. Pour protéger vos plants des aleurodes des serres, Encarsia formosa est l’auxiliaire le plus utilisé : cette micro-guêpe parasite directement les larves de la mouche blanche5. La précision est impérative avant tout lâcher : certains parasitoïdes sont strictement spécifiques à un type d’aleurode et n’offrent aucun effet contre une espèce non ciblée. Un lâcher inadapté retarde l’installation de l’auxiliaire approprié et favorise l’explosion de la population fondatrice.

AuxiliaireTypeStades ciblésEspèce cibleConditions et remarques
Encarsia formosaParasitoïde (guêpe)Prédation L2* / Parasitisme L3, L4 (pupe)Les deux espèces (meilleure efficacité sur l’aleurode des serres)Utilisation préventive et curative
Eretmocerus eremicusParasitoïde (guêpe)Prédation L1, L2 / Parasitisme L2, L3Les deux espèces (meilleure efficacité sur l’aleurode des serres)Utilisation préventive et curative
Amblydromalus limonicusAcarien prédateurPrédation L1, L2, L3, L4 (pupe)Les deux espècesUtilisation préventive et curative
(efficace par fortes températures)
Amblyseius swirskiiAcarien prédateurPrédation œufs, L1, L2Les deux espècesParticulièrement efficace par fortes températures (cannibalisme possible en absence de proies)
Dicyphus hesperusPunaise prédatricePrédation tous stadesLes deux espècesUtilisation préventive et curative
Delphastus catalinaeCoccinelle prédatricePrédation œufs (surtout), L1, L2, L3, L4 (pupe)Les deux espècesUtilisation curative et sur foyers
Les différents insectes auxiliaires utiles contres les aleurodes sous serre.

*L(n) = stade larvaire de l’aleurode (de L1 à L4, aussi appelé pupe)

Un indicateur pratique permet d’évaluer l’efficacité du biocontrôle par parasitoïdes : l’examen des pupes vides à la loupe. Une pupe vide présentant un trou rond signale l’émergence d’un parasitoïde et donc un parasitisme réussi. Un trou en T confirme au contraire l’émergence naturelle d’un aleurode adulte sain, signe que le parasitoïde n’a pas été efficace sur ce stade. Surveiller l’évolution du ratio trous ronds / trous en T permet d’ajuster les lâchers d’auxiliaires en temps réel, sans attendre le comptage des adultes sur les pièges.

Les champignons entomopathogènes

Les champignons entomopathogènes (comme Akanthomyces muscarius) ont la capacité de tuer les insectes et assure une alternative aux pesticides chimiques particulièrement appréciée en agriculture biologique. Ils constituent un levier complémentaire du biocontrôle classique, particulièrement utile en cas de forte pression ou de conditions défavorables aux insectes auxiliaires. Voici comment ce processus fonctionne :

Contact

Une larve d’aleurode se déplace sur une feuille traitée et passe sur une spore. Celle-ci adhère à la cuticule (couche protectrice agissant comme une peau) de l’insecte. Un simple contact suffit alors à déclencher l’infection.

Germination

La spore germe et produit un filament qui perce la cuticule, aidé par des enzymes que le champignon sécrète lui-même. Il entre alors dans le corps de l’insecte.

Colonisation

Le champignon se propage à l’intérieur, consomme les réserves de l’insecte et désorganise ses organes. L’insecte s’affaiblit progressivement sur plusieurs jours.

Mort et dispersion

L’insecte meurt. Le champignon produit de nouvelles spores à la surface du cadavre, qui peuvent à leur tour contaminer les larves voisines.

Leur application s’effectue en pulvérisation foliaire, c’est à dire directement sur les feuilles. L’utilisation de gouttelettes de petite taille optimise la pénétration du feuillage et l’efficacité par contact cuticulaire. La pulvérisation doit être réalisée en conditions fraîches et humides, de préférence en début de matinée ou en soirée, pour maximiser la durée de vie des spores.

Les entomopathogènes présentent trois avantages majeurs par rapport aux insecticides chimiques :

  • Ils agissent sur tous les stades larvaires et sur toutes les espèces d’aleurodes, sans distinction
  • Les insectes ne peuvent pas développer de résistance génétique à ce mode d’action, contrairement aux molécules chimiques contre lesquelles les populations finissent par s’adapter
  • Ils n’ont aucune conséquence néfaste sur la biodiversité et les autres formes de vie utiles au jardin

Efficacité des champignons sous serre

Les champignons entomopathogènes restent efficaces sous serre, à condition d’avoir quelques données en tête. Akanthomyces muscarius nécessite par exemple une humidité suffisante à l’intérieur du couvert végétal pendant plusieurs heures après l’application pour que les spores germent et infestent le ravageur6. Les conditions optimales de température sont entre 20 et 30°C, avec une humidité relative de 55 à 90 %.

7. Traitements naturels et bio-insecticides contre les aleurodes

Savon noir concentré et huile de colza

Le savon noir concentré (ou savon potassique) et l’huile de colza sont les bio-insecticides de contact les plus accessibles et les plus utilisés en complément du biocontrôle. Leur mode d’action est purement physique : ils asphyxient les larves en obstruant leurs voies respiratoires et dissolvent ou dégradent la couche protectrice des adultes et des jeunes larves. Comme ce mode d’action est purement physique, il fonctionne sur tous les stades de l’insecte sans créer de résistance génétique.

Savon noir concentré

Diluer 1,5 à 2 % dans de l’eau douce. Pulvériser abondamment sur la face inférieure des feuilles, en couvrant bien les larves. Traiter le soir pour éviter les brûlures foliaires. Renouveler tous les 5 à 7 jours jusqu’à réduction de la pression.

Huile de colza

Utiliser avec un pulvérisateur fin pour optimiser la couverture sur les feuilles et maximiser le contact avec les larves dans le feuillage dense. Éviter les applications en pleine chaleur en journée, qui augmentent le risque de phytotoxicité.

Pulvérisation d'un traitement naturel contre les aleurodes sous serre sur feuilles de tomates infestées
La pulvérisation n’exempte pas de mettre en place d’autres outils afin de lutter contre les aleurodes

Ces produits ne doivent pas être utilisés seuls comme stratégie principale sous serre en cas d’infestation établie, car leur efficacité est limitée aux larves en contact direct avec le produit et les adultes mobiles réchappent facilement. Ils sont plus efficaces en traitement préventif ou en début d’infestation, en réduction préalable des effectifs avant l’installation des auxiliaires.

Compatibilité avec les auxiliaires

Ces produits peuvent affecter temporairement les insectes auxiliaires présents sur les plantes. Si des lâchers ont été réalisés récemment, respecter un délai de 48 à 72 heures avant toute pulvérisation de contact.

Plantes compagnes et plantes-réservoirs

Quelle distinction entre plante compagne et plante-réservoir ?

Plantes compagnes et plantes-réservoirs remplissent des fonctions différentes. Les premières agissent sur le comportement des aleurodes adultes : répulsion, confusion olfactive ou piégeage. Les autres soutiennent les populations d’auxiliaires en leur fournissant abri et proies alternatives hors des périodes d’infestation. Les deux approches se combinent pour créer un équilibre écologique durable à l’intérieur de la serre.

Certaines plantes compagnes et plantes-réservoirs s’intègrent directement dans la conception de la serre, dans des jardinières ou bacs de culture disposés en bordure de rang ou à l’entrée, sans empiéter sur l’espace des cultures en place. Vous pouvez aussi vous servir de matériel de semis sous serre. L’efficacité de ces plantes repose sur la régularité de leur présence : une plante installée trop tard, après l’établissement d’une infestation, n’a plus le temps d’agir. C’est pourquoi leur choix dépend de l’objectif prioritaire : perturber les ravageurs adultes ou soutenir les auxiliaires, mais aussi du moment d’intervention dans le cycle cultural. Voici des espèces qui répondent à ces critères sous serre.

Molène

Plante-réservoir indispensable pour les punaises prédatrices. Installée en bordure de serre ou en rang intercalaire, elle maintient une population résidente de Dicyphus hesperus hors des périodes d’infestation, permettant une colonisation rapide dès l’apparition des aleurodes.

Basilic, menthe, citronnelle

Plantes aromatiques et compagnes dont les composés volatils réduisent l’attractivité des cultures cibles pour les aleurodes adultes en phase de prospection. Placées en bordure de serre, elles constituent un premier filtre olfactif complémentaire du biocontrôle actif.

Œillet d’Inde

Plante compagne répulsive qui libère des molécules perturbant la localisation des cultures hôtes par les aleurodes adultes. Placé en bordure de serre ou à l’entrée, il constitue une barrière olfactive préventive et facile à entretenir.

Capucine

Plante compagne qui piège les aleurodes en les concentrant sur ses feuilles, permettant un traitement ciblé sans exposer l’ensemble de la culture aux produits de contact. Elle s’installe en bordure ou en pot à proximité des rangs sensibles.

Basilic comme plante compagne sous serre : répulsif naturel contre les aleurodes et ravageurs
Le basilic agit au jardin comme une plante compagne redoutablement efficace

Les traitements naturels disponibles contre les aleurodes se combinent selon le stade de l’infestation et la présence d’auxiliaires en place. Le savon noir et l’huile de colza interviennent en amont, pour réduire les effectifs avant ou pendant l’installation du biocontrôle. Les plantes compagnes, elles, agissent en continu comme levier préventif et écologique. Une stratégie durable repose donc sur trois étapes ordonnées : réduire les effectifs par traitement de contact, installer les auxiliaires, puis stabiliser l’équilibre par les plantes-réservoirs.

8. Questions fréquentes sur les aleurodes sous serre

Comment reconnaître les premières traces d’aleurodes sous serre ?

Le premier signal visible est souvent un dépôt noir et brillant sur le feuillage : c’est la fumagine, un champignon qui se développe sur le miellat secrété par les larves. Elle peut apparaître avant même que les adultes soient repérables à l’œil nu. En retournant les feuilles, on peut aussi observer de petites plaques plates et translucides immobiles, correspondant aux stades larvaires.

Pourquoi faut-il identifier l’espèce d’aleurode avant d’intervenir ?

Les deux espèces présentes sous serre ne répondent pas aux mêmes auxiliaires. Eretmocerus mundus est spécifique à l’aleurode du tabac et totalement inefficace contre l’aleurode des serres. Introduire le mauvais parasitoïde retarde la mise en place du bon auxiliaire et laisse la population fondatrice se développer sans frein. L’identification se fait à la loupe, en observant le port des ailes et la forme de la pupe.

Pourquoi les insecticides chimiques ne sont-ils plus suffisants contre les aleurodes ?

Le biotype Q de l’aleurode du tabac, présent en France depuis le début des années 2000, présente une résistance structurelle aux néonicotinoïdes et à d’autres familles d’insecticides. Par ailleurs, sous serre, tous les stades du cycle coexistent en permanence, ce qui rend difficile l’action d’une seule molécule sur l’ensemble du développement. Le biocontrôle reste la seule stratégie durable face à ce biotype.

Quel auxiliaire utiliser contre les aleurodes sous serre ?

Le choix dépend de l’espèce identifiée. Contre l’aleurode des serres, Encarsia formosa est le parasitoïde de référence. Contre l’aleurode du tabac, Eretmocerus mundus est le plus spécifique. Amblyseius swirskii convient dans les deux cas en introduction préventive. En cas de forte pression, combiner parasitoïdes et prédateurs comme Macrolophus pygmaeus et Delphastus catalinae.

Comment vérifier que le biocontrôle fonctionne ?

Il suffit d’examiner les pupes vides à la loupe. Un trou rond indique l’émergence d’un parasitoïde, signe que le parasitisme a réussi. Un trou en T indique au contraire l’émergence naturelle d’un aleurode adulte sain. Si la proportion de trous ronds augmente semaine après semaine, le biocontrôle est actif et efficace.

Comment prévenir une infestation d’aleurodes entre deux cultures ?

Le vide sanitaire hivernal est la mesure la plus importante : nettoyage complet de la serre, élimination de tous les débris végétaux et des adventices, gel de la structure si possible. Pour l’aleurode du tabac, le gel élimine les populations résiduelles. L’introduction préventive d’Amblyseius swirskii dès le démarrage de la culture suivante permet d’établir une présence d’auxiliaires avant toute infestation visible.


Sources et références légales

  1. IRAC Sucking Pest Working Group – Insecticide resistance overview of the tobacco whitefly (Bemisia tabaci) – IRAC, 2020 : irac-online.org ↩︎
  2. TYLCV (Tomato Yellow Leaf Curl Virus) : virus des feuilles jaunes en cuillère de la tomate et autres espèces virales associées – INRAE, 2023 : ephytia.inrae.fr ↩︎
  3. La lutte contre les ravageurs ailés à l’aide de bandes collantes – Marie-Édith Tousignant (IQDHO) & Direction de la phytoprotection (MAPAQ), 2023 : agrireseau.net ↩︎
  4. Fiche sur les aleurodes – INRAE, 2023 : ephytia.inrae.fr ↩︎
  5. Fiche sur Encarsia formosa – INRAE, 2014 : ephytia.inrae.fr ↩︎
  6. Akanthomyces muscarius – Koppert France, 2026 : koppert.fr ↩︎

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